Dérives de Gertrude.

Samedi 24 octobre 2009



GERTRUDE
ou
Les neuf raisons
de ne pas tenir ces propos













Mes propos seront trop courts,

car le temps m’est compté. Je n’en connais pas la somme; c’est cet insu qui m’en fait prévoir l’issue, et cette incertitude  qui décompte mes comptes.

Gertrude me fait face. Et cette face d’objet crâne sera plus pérenne que la mienne ; mais le sujet Gertrude, à qui je fais face, se noiera avec moi sur la surface de l’oubli. Je compte mes mots ; je sais qu’ils seront toujours plus courts que mon temps imparti, même un temps parti une seconde plus tard.

 

Mes propos seront décousus,

car chaque jour voit ma chair se défaire de ses coutures initiales et m’oblige à composer avec la décomposition. Je repousse et surjette  la nécessité de voir dans mes plis la déconfiture aveugle qui n’appartient qu’aux choses. Je brode devant la mâchoire cousue de Gertrude.

 

Mes propos n’auront aucun sens.

Je ne peux que le vouloir ainsi. Je vais dans le sens de la Mort qui n’a aucun sens. Mon sens commun pourtant lui donne sens dans l’inconnaissable et je me force au bon sens de ne jamais la comprendre. Gertrude se moque de la Mort dans l’absence mémorielle que je lui impose, dans le vide sensoriel qui lui donne tout son sens.

 

Mes propos seront incohérents.

Vous en apercevrez  rapidement les effets sous l’apparente logique du texte. Comme la cohérence de ma vie tient à la fausseté de sa logique, la cohésion des cellules maintient  ma précarité biologique. Le rythme bien réglé de mes fonctions vitales orchestre les balises des petits départs et pose les bornes identifiables de mes aboutissements. Gertrude est un motif roulant sur le néant, m’entraînant dans la lutte contre les simulacres de sa dislocation. 

 

Mes propos seront absurdes.

Vous chercherez vainement les raisons pour lesquelles je les tiens. Raisonnablement, vous ne pourrez en retenir que les moins raisonnables. Il n’y a aucune raison d’écrire sur la Mort, car la nommer est absurde, aussi absurde que de ne pas en parler. Mais, raisonnablement, que vient faire Gertrude dans un tel raisonnement si ce n’est donner raison à une telle absurdité.

 

Mes propos seront idiots,

car je ne peux aborder la Mort avec intelligence. La Mort n’a rien à comprendre, n’est rien que je puis savoir. L’inconscience inerte me permet de la toucher, l’innocence me place à sa frontière. Seul le vide peut regarder sous ses yeux clos. Dans le noir je cherche le corps siamois de Gertrude, la jonction que la conscience me refuse.

 

Mes propos seront superficiels.

Légèrement,  ils se poseront à la surface de l’essentiel et n’attaqueront pas le derme de l’ignominie. Ils caresseront l’or de Gertrude avec mon pinceau, effleureront ses contours de mon crayon. Contournant la forme, ils ne feront jamais détours par le fond. Délicatement je pomponne un crâne ; sous ses apparences, je masque ma réalité.

 

Mes propos seront provocants.

Rassurez-vous, je n’ai pas la prétention de vous provoquer ; cette faible impertinence ne provoquerait que compassion à mon égard. Quant à la Mort, son pas est bien assez provocant pour provoquer ces propos et m’interdire toute provocation à son sujet. Non, c’est moi que je provoque, car ma pauvre insolence ne peut que soulever les vagues de ma terreur, ne peut qu’aligner les mots d’une fiction. Gertrude est la provocation des petites morts.

 

Mes propos seront arbitraires,

autant que les mots que je viens d’écrire. Rien ne m’obligeait à les écrire, rien ne vous obligeait à les lire. J’affirme cela; qu’importe que cela m’importe, ou que cela vous importe, ou que cela soit n’importe quoi. Comment pourrait-il être autrement  que ce point de vue arbitraire, et qu’arbitrairement  je prends pour singulier, alors qu’il ne l’est pas, sur une généralité choisie arbitrairement pour nourrir mes gratuités à propos d’un crâne qui n’a pas demandé à être nommé. Je vous garantis, mais cela n’engage que moi, qu’il y a bien plus de neuf raisons de ne pas écrire ces mots ; mais je préfère m’arrêter là. Je n’en mourrai pas, Gertrude.


 



Juliette Charpentier,
Paris le vingt quatre octobre deux mille neuf.




Photographies DV,
JC vue de dos
version en négatif
1978/2008





N'oubliez pas de passer et trépasser
par
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et
gertrudenoire.over-blog.com



Par gertrude
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Samedi 21 février 2009
Petite Soeur du Fleuve...

JC, février 2009.



Par gertrude
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Mardi 19 août 2008
Peindre des coquillages
ou
la Dérive
comme procédé de Navigation.

Juliette Charpentier, aout 2008

Avertissement:

Attention, sympathique visiteur,
dans cette vidéo,
le Capitaine se laisse emporter
par les flots nostalgiques d'une introspection incontrôlée*.
Si vous ne voulez pas risquer de chavirer et
être complice de ce naufrage,
coupez le son!





*Les dernières lignes de ce
texte ont été écrites le 13 aout 2008
à Beynac, en Dordogne, où reposent les cendres de mon père
qui aimait tant la mer et les bateaux.

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ANNIVERSAIRE!

8
Aout 2008


Une Déambulation du Capitaine le long des Hautes Rives de ses Dérives à la recherche des petites coquilles semées par le Hasard.
Soufflez la neuvième bougie :


Par gertrude
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Lundi 18 août 2008




                La lumière, cette reine des couleurs qui se répand sur tout ce que nous voyons me flatte durant le jour par mille divers attraits, lors même que je pense à autre chose, et que je ne prends pas garde à elle: elle se glisse si avant dans nous et nous devient si agréable, que s'il arrive qu'elle nous soit tout d'un coup ravie, nous la cherchons avec ardeur, et notre esprit demeure triste si nous en sommes privés pour longtemps.


Saint Augustin, Confessions.

Par gertrude
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Dimanche 17 août 2008



Je file les rayons de lune
le vent qui souffle et la fumée
je file des lambeaux de brume
les cheveux d'ange et les reflets
Je choisis les parfums très doux
les lueurs de l'aube et les soucis
pour ma quenouille de cristal
et mes rêves les plus secrets





Philippe Soupault, Couplets de la fileuse.

à suivre sur
La Rose
Par gertrude
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Dimanche 17 août 2008


        Si le temps est très beau, il advient que j’en sois légèrement angoissé : c’est mauvais signe qu’il fasse si beau, quel saumâtre événement  cela peut-il bien présager ? De même, si je prends un plaisir quel qu’il soit, je suppute les chances que j’ai d’être mis en demeure, dans un avenir très proche, de le payer, et au centuple encore ! car le sort n’est qu'un usurier.

Michel Leiris, L’age d’homme.


Par gertrude
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Vendredi 15 août 2008
Prolonger quelques jours*
les Paradis artificiels
de la
Vacuité.
*Le temps d'une Neuvaine.


    Cela me rappelle l’histoire d’un souverain qui dans son château avait reconstitué une Abyssinie artificielle, avec des palmiers de zinc peints à l’huile. Crois-tu qu’il y détenait une autruche ! Une autruche vivante. Oui, une autruche vivante. À quoi bon. Alors ? Cette autruche était aveugle ; elle ne pouvait pourtant pas se croire au cœur de l’Afrique ? Son flair ne pouvait la tromper. Ce n’était pas pour elle qu’il avait réalisé ce trompe-l’œil, puisqu’elle n’y voyait pas. Ah ah – Eh bien cet animal, je parle de l’autruche, non du roi, se cachait la tête derrière les palmiers dès qu’un danger présumé la menaçait.

Georges Ribemont-Dessaignes, L’autruche aux yeux clos.
Par gertrude
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