Dimanche 22 juin 2008 7 22 /06 /2008 00:00
Silence, on relique.
Prochain article:
Premier juillet deux mille huit.


       
        Une forme d’activité subsiste parmi nous qui, sur le plan technique, permet assez bien de concevoir ce que, sur le plan de la spéculation, put être une science que nous préférons appeler « première » plutôt que primitive : celle communément désignée par le terme de bricolage. Dans son sens ancien, le verbe bricoler s’applique au jeu de balle et de billard, à la chasse et à l’équitation, mais toujours pour évoquer un mouvement incident : celui de la balle qui rebondit, du chien qui divague, du cheval qui s’écarte de la ligne droite pour éviter un obstacle . Et, de nos jours, le bricoleur reste celui qui œuvre de ses mains, en utilisant des moyens détournés par comparaison avec ceux de l’homme de l’art. Or, le propre de la pensée mythique est de s’exprimer à l’aide d’un répertoire dont la composition est hétéroclite et qui, bien qu’étendu, reste tout de même limité ; pourtant, il faut qu’elle s’en serve, quelle que soit la tâche qu’elle s’assigne, car elle n’a rien d’autre sous la main. Elle apparaît ainsi comme une sorte de bricolage intellectuel, ce qui explique les relations que l’on observe entre les deux.
        Comme le bricolage sur le plan technique, la réflexion mythique peut atteindre, sur le plan intellectuel, des résultats brillants et imprévus. Réciproquement, on a souvent noté le caractère mythopoétique du bricolage : que ce soit sur le plan de l’art, dit « brut » ou « naïf » ; dans l’architecture fantastique de la villa du facteur Cheval, dans celle des décors de Georges Méliès ; ou encore celle, immortalisée par les Grandes Espérances de Dickens, mais sans nul doute d’abord inspirée par l’observation, du « château » suburbain de M. Wemmick, avec son pont-levis miniature, son canon saluant neuf heures, et son carré de salades et de concombres grâce auquel les occupants pourraient tenir un siège, s’il le fallait…
        La comparaison vaut d’être approfondie, car elle fait mieux accéder aux rapports entre les deux types de connaissance scientifique que nous avons distingués. Le bricoleur est apte à exécuter un grand nombre de tâches diversifiées ; mais à la différence de l’ingénieur, il ne subordonne pas chacune d’elles à l’obtention de matières premières et d’outils conçus et procurés à la mesure de son projet : son univers instrumental est clos, et la règle de son jeu est de toujours s’arranger avec les « moyens du bord », c’est à dire un ensemble à chaque instant fini d’outils et de matériaux, hétéroclites au surplus, parce que la composition de l’ensemble n’est pas en rapport avec le projet du moment, ni d’ailleurs avec aucun projet particulier, mais est le résultat contingent de toutes les occasions qui se sont présentées de renouveler ou d’enrichir le stock, ou de l’entretenir avec les résidus de constructions et de destructions antérieures. L’ensemble des moyens du bricoleur n’est donc pas définissable par un projet (ce qui supposerait d’ailleurs, comme chez l’ingénieur, l’existence d’autant d’ensembles instrumentaux que de genre de projets, au moins en théorie) ; il se définit seulement par son instrumentalité, autrement dit, et pour employer le langage même du bricoleur, parce que les éléments sont recueillis ou conservés en vertu du principe que « ça peut toujours servir ». De tels éléments sont donc à demi particularisés : suffisamment pour que le bricoleur n’ait pas besoin de l’équipement et du savoir de tous les corps d’état ; mais pas assez pour que chaque élément soit astreint à un emploi précis et déterminé. Chaque élément représente un ensemble de relations, à la fois concrètes et virtuelles ; ce sont des opérateurs, mais utilisables en vue d’opérations quelconques au sein d’un type.



Claude Lévi-Strauss, La pensée sauvage. La science du concret.






Par gertrude - Publié dans : Les hommages de Gertrude. - Communauté : OCAPCGLLOQ
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Commentaires

Il cerne bien son sujet… Le Claude ! Chez moi aussi mon compagnon "cranique" est en hauteur… (je ne lui ai pas encore trouvé de nom ?)
Commentaire n°1 posté par Niko-i2 le 26/06/2008 à 19h56
J'attends avec impatience que tu baptises  ce vieil os révolutionnaire dans son état (j'erre).
La mienne (car c'est une fille) est Gertrude depuis très longtemps.
Quand à Levi-Strauss c'est une vrai mine pour les chineurs.
Réponse de Gertrude, my name is Gertrude le 26/06/2008 à 20h20
Et ben moi je miserais pas ma main gauche à couper auprès du roi des merlin-pinpin-Lévi en l'absence de pulpe citron. Je t'assures que le Claude en question aurait fait un excellent chef de rayon en quincaillerie pour cloisons littéraires au bricomâché du C.N.R.S.
Commentaire n°2 posté par renato le 28/06/2008 à 23h42
Pourtant on dirait bien de temps en temps que tu as fait les soldes dans cette quincaillerie.
Réponse de gertrude le 29/06/2008 à 14h37
Nous n'avons pas les mêmes fourni-soeurs NML
Commentaire n°3 posté par renato le 29/06/2008 à 18h45
Nous avons pourtant les mêmes val-heures???
Réponse de gertrude le 29/06/2008 à 19h38
Ce doit être la marque du four alors
Commentaire n°4 posté par renato le 29/06/2008 à 20h22
Les fours c'est comme les lessives : plusieurs marques mais un seul fabricant .
Réponse de gertrude le 29/06/2008 à 20h27
Tristes topiques… !!
Commentaire n°5 posté par Firmin Cendois le 30/06/2008 à 12h59
Non....
 topographies communes utopiques
Réponse de gertrude le 30/06/2008 à 13h25
Non d'une pipe ce "St Claude" me parait bougrement inter - ressant !!!
Commentaire n°6 posté par Humanimalités le 01/04/2009 à 09h53
Je vous le conseille;
À savoir maintenant s'il parlera à votre part d'humanité ou d'animalité...
Réponse de gertrude le 01/04/2009 à 10h11

Je Relique, vous reliquez...

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